BRETAGNE JUDO
 05 Décembre 2025 

Au cœur du Judo Breton #6 - Béatrice de Souza

Image de l'actu 'Au cœur du Judo Breton #6 - Béatrice de Souza'

Au cœur du Judo Breton #6

Béatrice de Souza


- Le judo féminin à l'honneur - Pour un épisode exceptionnel de début d'année, nous avons l'honneur de mettre en lumière le parcours de Béatrice de Souza, qui vient de marquer l'histoire du judo breton en étant la première femme française de la région à atteindre le prestigieux grade de 7e dan. Une occasion unique de revenir sur une longue carrière remarquable.

Parcours


Q : Peux-tu te présenter en quelques mots ? (Parcours, rôle dans le judo, lien avec la Bretagne)
R : J’ai passé mon premier dan en 1972, puis mon deuxième en 1975. Je suis restée en région parisienne jusqu’à mes 22 ans. Ensuite, je suis partie à l’île de La Réunion. Là-bas, je suis devenue championne de La Réunion toutes catégories et je suis restée deux ans. J’ai ensuite participé au Championnat de France toutes catégories en tant que Réunionnaise. Puis nous avons déménagé en Bretagne où je réside encore aujourd'hui.

En arrivant en Finistère, je suis allée au Dojo Brestois. Les filles n'y faisaient pas de compétition, et l’entraînement féminin était surtout axé sur le kata et les techniques, selon le modèle japonais. Les garçons, eux, avaient un entraînement plus poussé. Comme je faisais de la compétition, ils m’ont intégrée à l’entraînement des garçons du vendredi. J’ai un peu bousculé les codes en arrivant.

J’ai participé aux championnats de Bretagne, interrégionaux, jusqu’aux championnats de France. En Bretagne, c’était par catégories, contrairement à mes débuts. En 1980, j’ai créé le club de Crozon (repris plus tard par Stéphane Lucas), tout en continuant à m’entraîner au Dojo Brestois. J’ai continué la compétition jusqu’à mes 39 ans, puis j’ai passé mon Brevet d'État. Ensuite, j’ai déménagé à Brest, J’ai enseigné un peu dans deux ou trois clubs avant d'en créer un nouveau à Brest (BREST JUDO ST MARC) en 2000 avec Hubert MOREAU (6e dan) et avec l'aide de mon fils Frank Foulatier (2e Dan) aujourd'hui président de ce club depuis plus de 10 ans.

Q : Comment as-tu découvert le judo et qu’est-ce qui t’a attiré ?
R : J’ai commencé le judo en 1963, en région parisienne, dans un club des Hauts-de-Seine. J’y suis venue parce que mon frère en faisait : j’avais envie d’essayer, même si je pratiquais déjà la gymnastique. Pendant un moment, j’ai pratiqué à la fois du judo et de la gymnastique. J’ai commencé le judo vers 9–10 ans, puis, à 12 ans, j’ai arrêté la gymnastique, et depuis, je pratique toujours le judo.

La gymnastique est un sport très individuel, avec une mentalité assez particulière. Le judo, au contraire, repose sur l’échange : on travaille toujours à deux, on ne peut rien faire sans un partenaire. C’est un sport à la fois individuel et collectif, et c’est vraiment cet équilibre-là qui m’a attirée et qui m’a donné envie de continuer.


Q : Quel a été ton premier club et ton premier professeur ?
R : Mon premier club était le Club Olympique de Sèvres (COS). Mon premier professeur s’appelait Monsieur Bruna.

Pratique


Q : Qu’est-ce que tu aimes dans le judo ?
R : J’aime transmettre et le fait qu’on a toujours quelque chose à apprendre. Il y a évidement les valeurs du judo : le respect et la bienveillance envers son partenaire, qui sont essentielles. Je trouve aussi que la mixité et le mélange social apportent beaucoup à la pratique.


Q : Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans le judo ?
R : Au départ, c'était un milieu très masculin et macho, mais c'est quelque chose qui a beaucoup évolué, même si ça existe encore. Quand j'étais jeune, il ne fallait pas dire que je faisais du judo, on disait que j'étais un garçon manqué, etc., donc j'ai tout fait pour rester discrète à ce sujet, alors que désormais ce n'est plus un souci.


Q : Quelle est ta (ou tes) technique favorite ?
R : Mes techniques préférées sont morote-seoi-nage et ko-uchi-gari. Jusqu’à ma 2e dan, les femmes ne pouvait passer des grades que par des examens techniques , il n’y avait pas de compétition féminine pour les points. J’y ai souvent présenté mon travail sur le morote seoi nage.

Pour le septième dan, j’ai travaillé sur les défenses (blocages, esquives, reprises d’initiative). Le fait d’avoir fait beaucoup de randori avec les garçons (avec une différence de force) j'ai dû m'adapter et ce thème m'a permis de montrer la bonne utilisation de l'énergie dont il faut faire preuve dans ces circonstances par exemple.


Q : Quel a été ta plus belle expérience dans le judo ?
R : Mon examen de sixième dan qui a été, au final, un excellent travail d’équipe, comme le sont toujours les examens de cette envergure. Je ne pensais pas que j’irais plus loin que ça. Quand on passe un examen comme celui-ci, on se fait plaisir et on repousse un peu plus ses limites, on regarde plus loin. Pareil pour le septième dan : j’étais aux anges quand j’ai su que j’avais réussi.

Évolution du judo


Q : Comment vois-tu l’évolution du judo en Bretagne ces dernières années ?
R : Je remarque que les jeunes sont beaucoup moins motivés par les compétitions. Par exemple, chez les cadets, il n’y a plus autant de championnats départementaux. Peut-être un manque d’attrait pour l’effort ? Souvent, l’objectif devient la ceinture noire, puis beaucoup arrêtent, même si les études sont importantes, on peut noter un manque d'engagement qui est peut-être plus présent qu'autrefois.


Q : Y a-t-il eu toujours une bonne mixité homme-femme dans le judo ?
R : C'est toujours une minorité, surtout chez les adultes. Quand on fait des événements regroupant plein de petits clubs on voit bien qu'il y a du monde, mais globalement, les femmes restent peu nombreuses.


Q : Il y a peu de femmes hauts gradés, est-ce que c'est parce qu'il y a peu de pratiquantes, ou bien *y a-t-il aussi d'autres raisons ?
R : Les hauts grades étaient jusque là surtout décernés aux femmes avec un palmarès sportif brillant. Pour le passage des 7e Dan cette année, 18 personnes se sont été présentées, avec un taux de réussite de 50 %. J'ai eu l'honneur d'être la seule femme à être reçue. En Bretagne, je suis la première femme à avoir passé à la fois le 6e et le 7e Dan. Notre région a toutefois la chance de compter deux très grandes pratiquantes japonaises, Miwako (8e Dan) et Hikari (7e Dan), qui ont obtenu leur grade directement au Japon (et sont reconnues par la FFJDA).


Q : Qui sont les figures marquantes du judo féminin en bretagne selon toi ?
R : Hikari est une figure marquante du judo féminin, tout de même la première japonaise Championne Olympique puisqu'elle à remporté l'or lors des présentations du judo à Séoul en 1988, la première année où le judo féminin était aux Jeux. Pendant les 2 années de préparation au 7e Dan j'ai eu l'honneur d'être conseillée a plusieurs reprises par Hikari. À vrai dire, la Bretagne est très bien placée pour le judo féminin en France.

Questions personnalisées


Q : La compétition n’a-t-elle pas accentué la distinction entre la pratique masculine et féminine du judo ?
R : Non, il n'y a pas de distinction dans la pratique. Tout le monde s'entraîne ensemble, la compétition n'est qu'un exercice parmi d'autres.


Q : De quelle manière penses?tu que le judo va se développer dans les prochaines années ? Les bons côtés et les moins bons côtés ?
R :Il y a des côtés moins positifs : j'ai l'impression que la ceinture noire n'a plus la valeur qu'elle avait autrefois. Bien qu'on ait rajouté des UV, je trouve que les pratiquants manquent de rigueur et d'attitude. On le voit par exemple au passage des katas. Je ne sais pas si la plupart des jeunes se rendent compte du travail nécessaire, qu'il faut être perfectionniste et faire du mieux possible. C'est essentiel.

Le Brevet d'État, c'est pareil. J'ai l'impression que le niveau tend un peu vers le bas en termes de pédagogie et de culture. Je trouve qu'ils sont souvent très jeunes, et qu'avant d'enseigner, c'est important d'avoir un peu plus de vécu et d'expérience dans la vie, puisque c'est aussi cela le judo au fond. Mais je reconnais qu'il nous faut des professeurs : la relève n'est pas facile à trouver. Pour enseigner, il faut savoir se montrer exemplaire en termes de comportement, de politesse et de respect.

Conclusion


Q : As-tu une anecdote marquante à partager sur ton parcours dans le judo ?
R : En 2007, j'ai eu un accident de voiture : polytraumatisé, de multiples fractures. J'ai fini en fauteuil roulant, même si je n'avais pas d'atteinte neurologique, "que" des fractures (dos, chevilles, côtes, thorax, etc.). J'ai dû me faire poser du matériel partout (dos, chevilles, genoux). J'ai passé un mois et demi en fauteuil, puis en rééducation, j'ai mis trois mois pour remarcher.

Tranquillement, je suis revenue sur le tatami, où je me suis rééduquée avec le Taiso entre autres, pendant deux ans. En 2009, je suis partie en stage au Japon et j'ai réussi à refaire des choses que je ne pouvais plus depuis, personne ne savait que j'avais eu un accident, c'est passé inaperçu. C'est un vrai combat d'avoir pu reprendre tout ce que je faisais avant.


Q : Si tu devais décrire le judo en une phrase, quelle serait-elle ?
R : Le judo est une véritable école de vie qui enseigne la résilience, l'art de se relever après chaque chute et la détermination de se battre et de continuer.


Q : Si tu avais un livre à conseiller ?
R : Je ne lis pas beaucoup, je me souviens d'avoir lu "Le judo, école de vie" de Jazarin


Merci pour votre lecture et à très bientôt !
Interview réalisée par Simon Rebours

Inscrivez-vous
à la newsletter